Collection René Château : quand la Mémoire du Cinéma s'est envolée aux enchères
- Jennie Clara-Galté

- 10 avr.
- 4 min de lecture
9 avril 2026 — Salle VV, 3 rue Rossini, 75009 PARIS
J'ai suivi la vente en direct, de 11h à près de 22h... Et autant vous dire que la séance valait le coup d'œil.
Hier se tenait chez Millon, quartier Drouot, la première partie de la vente de la collection de René Château — La Mémoire du Cinéma — et le moins que l'on puisse dire, c'est que les enchérisseurs n'ont pas lésigné sur les moyens pour s'offrir un morceau de cette histoire extraordinaire. René Château (1939-2024), "roi de la VHS", distributeur visionnaire, collectionneur obsessionnel, avait constitué au fil de sa vie une collection absolument unique au monde. Unique, ce n'est pas un mot que j'emploie à la légère.
Plus de 650 lots au total : affiches françaises et étrangères, photographies argentiques, matériel d'exploitation, ouvrages, DVD, VHS, vinyles… Bref, un panorama vertigineux du cinéma du XXe siècle. J'ai essayé de faire Bonne Impression sur les enchérisseurs, mais la concurrence était féroce 😅. Je repars tout de même avec une belle prise : une affiche belge de 1932 du film "Tout s'arrange" de Henri Diamant-Berger, qui rejoindra très prochainement ma collection. 🎉
Mais parlons des pièces maîtresses de cette vente, parce qu'il y a des chiffres qui méritent qu'on s'y arrête.
Les affiches qui ont fait exploser les enchères
Sans surprise, les grandes affiches françaises et les raretés internationales ont suscité des batailles d'enchères mémorables.
M. Le Maudit (Fritz Lang, 1931) — l'affiche allemande entoilée avec cette main rouge sur fond noir, l'une des images les plus fortes de l'histoire du cinéma — s'est adjugée à 32 000 €. Une somme qui reflète parfaitement la rareté et la puissance graphique du document.
La Grande Illusion (Jean Renoir, 1937), dans sa version française illustrée par Bernard Lancy, est partie à 23 000 €. Un prix qui dit tout de la cote des grands classiques du cinéma français d'avant-guerre, quand l'affiche était encore un véritable objet artistique.
La Fiancée de Frankenstein (James Whale, 1935), l'affiche française illustrée par René Lefebvre, a atteint 21 000 € — bien au-delà de son estimation haute. Les grandes affiches du cinéma fantastique américain en version française restent parmi les pièces les plus recherchées du marché, et cette vente l'a confirmé avec éclat.
King Kong (Schoedsack & Cooper, 1933), dans la belle version française illustrée par René Péron, s'est envolé à 19 000 €, malgré quelques traces sur les pliures. René Péron, dont on retrouvait plusieurs affiches dans cette vente, est décidément une valeur sûre.
Martin Roumagnac (Georges Lacombe, 1946), toujours signé René Péron et réunissant Gabin et Dietrich — un duo d'exception — a trouvé preneur à 1 700 €, dans le haut de sa fourchette.




La cote Pagnol, ou la fidélité des aficionados
La série des affiches de la trilogie marseillaise, illustrées par le génial Albert Dubout, a confirmé l'attachement indéfectible des collectionneurs à cet univers :
Marius : 2 100 €
César : 900 €
Fanny : 950 €
La Femme du boulanger : 750 €
Des résultats solides, dans les estimations ou légèrement au-dessus, qui témoignent d'une demande constante pour le cinéma de Pagnol — et pour Dubout en particulier, dont le trait inimitable reste immédiatement reconnaissable.
La surprise de la vente : les goodies
Difficile de ne pas mentionner l'un des moments les plus savoureux de la journée (et le premier) : certains lots de goodies — t-shirts, sweat-shirts, plateaux en métal à l'effigie de Belmondo ou Bruce Lee — ont atteint des prix qui auraient fait sourire René Chateau lui-même. Des pièces promotionnelles estimées entre 40 et 80 € qui sont parties à plusieurs centaines, voire au-delà des 2 000 €. Le marché de l'éphémère promotionnel n'a décidément pas fini de nous surprendre.
Ce que cette vente nous dit du marché
Cette première partie de la collection René Château confirme plusieurs tendances que j'observe depuis plusieurs années :
Les grandes affiches françaises des années 1930-1950, en bon état et signées d'illustrateurs reconnus (Péron, Soubie, Dubout, Bonneaud…), continuent de monter. La rareté de ces documents est réelle — les tirages étaient limités, le papier a mal vieilli, et les collectionneurs sérieux le savent.
Les affiches du cinéma fantastique et d'horreur en version française sont des valeurs refuges pour les collectionneurs internationaux, qui les considèrent souvent comme supérieures aux versions originales américaines sur le plan graphique.
Enfin, la provenance joue désormais un rôle essentiel : savoir qu'une affiche appartenait à René Chateau, qu'elle faisait partie de cette collection construite avec passion et expertise pendant des décennies, lui confère un supplément d'âme — et visiblement, de valeur.
La séance 2 est à venir…
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