top of page
Rechercher

C'est la bonne impression ?



#1 LE VISA DE CENSURE SUR LES AFFICHES DE CINÉMA


Cette nouvelle série d'articles s'attache à aider le collectionneur non averti ou débutant à identifier une affiche de cinéma. Est-ce une originale de la première sortie en salle ? Une ressortie ? Mais de quelle année ? Est-ce une reproduction ?


Vous avez peut-être déjà remarqué, sur certaines affiches anciennes, une petite mention imprimée discrètement sur le bord, parfois quasi illisible : "Visa de Contrôle n°...", "visa de censure..." ou tout simplement "visa..." suivi d'un numéro. Ce détail apparemment anodin est en réalité une mine d'informations pour le collectionneur averti. Et c'est ce que nous allons voir aujourd'hui.


Un peu d'histoire


Le cinéma français n'a pas toujours été libre de ses images. De 1895 à 1916, la diffusion des films est totalement libre. C'est en 1916 qu'est créée la première commission de contrôle chargée d'accorder ou de refuser les visas d'exploitation — différents du visa de censure. Le visa d'exploitation est attribué à l'œuvre filmique ; le visa de censure est quant à lui attribué à l'œuvre graphique qu'est l'affiche de cinéma. C'est ce dernier qui nous intéresse ici, et plus précisément une date : 1961.


En effet, c'est en 1961, en pleine guerre d'Algérie, qu'un nouveau code de censure est mis en place. Ce dernier concerne notamment les affiches de cinéma. Le décret du 18 janvier 1961, promulgué sous Michel Debré, crée une commission de contrôle des films cinématographiques, non plus paritaire mais quadripartite, censée "sauvegarder la santé morale d'une jeunesse en péril" et apaiser les pressions des associations familiales.

C'est à partir de ce moment que les affiches de cinéma doivent porter la mention du visa de contrôle — un numéro séquentiel attribué par la commission, qui s'applique aussi bien au film lui-même qu'à ses supports publicitaires.


Ce décret de 1961 définit également une première échelle de classification comportant quatre niveaux : tous publics, interdit aux mineurs de 13 ans, interdit aux mineurs de 18 ans, et interdiction totale.


Ce que le visa nous dit


Le numéro de visa est chronologique — plus il est bas, plus l'affiche est ancienne. C'est un premier outil de datation, certes imparfait, mais précieux.


Mais attention : lorsqu'un film ressort en salle avec la même illustration que lors de sa première exploitation, il peut conserver le même numéro de visa. Dans ce cas, le visa seul ne permet pas de distinguer une affiche originale d'une ressortie.


C'est là que le collectionneur doit creuser. Si le visa est identique entre deux affiches au visuel similaire, il faut alors regarder l'imprimeur — dont la mention figure généralement en bas de l'affiche, non loin du visa. Ce sera précisément l'objet de notre prochain article.


La fin du visa sur les affiches


C'est le décret du 3 octobre 2008 qui met fin à l'obligation du visa de censure sur les affiches de cinéma — 47 ans après le décret Debré qui l'avait instauré. Concomitamment, le Bureau de Vérification de la Publicité (BVP) se transforme en ARPP (Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité), marquant le passage d'un contrôle d'État à une autorégulation professionnelle de la publicité cinématographique.


Des exemples concrets ? Le visa n°151 correspond à une attribution en 1961, tandis que le n°9301 correspond à 1981. Si vous souhaitez la liste complète des visas avec leurs correspondances — qui n'est pas une science exacte, car elle est le fruit de plusieurs années de recherches et de référencement personnels — faites-le-moi savoir en commentaire !


Un cas particulier : les films X


Les années 1974-1975 voient exploser la production pornographique en France. Pour endiguer cette déferlante, le décret du 31 octobre 1975 — dit loi X — institue une nouvelle catégorie : les films à caractère pornographique ou d'incitation à la violence. Ces films se voient appliquer des mesures fiscales particulièrement dissuasives — TVA majorée, prélèvement de 20 % sur les bénéfices — et sont cantonnés à des salles spécialisées, exclues de toute subvention publique. Au total, près de mille films seront frappés par cette loi.


Deux catégories distinctes coexistent : le classement X pour pornographie — dont Gorge Profonde fut l'un des premiers bénéficiaires dès 1975 — et le classement X pour incitation à la violence, qui frappera par exemple Zombie de Lucio Fulci en 1980. À noter également le cas d'Emmanuelle (1974) : sorti juste avant la loi X, il échappe au classement mais contribue directement à l'émergence de cette réglementation. Le cas le plus médiatisé reste celui de Baise-moi (Despentes, 2000) : d'abord autorisé aux moins de 18 ans, son visa est annulé par le Conseil d'État avant d'être finalement reclassé interdit aux moins de 18 ans, sans classement X.


Pour le collectionneur, cela se traduit concrètement sur les affiches : la mention "film X" ou "interdit aux moins de 18 ans — film classé X" apparaît obligatoirement. C'est un marqueur visuel immédiatement identifiable, qui date l'affiche après 1975 et signale un circuit de distribution parallèle.



Les ouvrages de référence


Pour aller plus loin sur cette période :


Christophe Bier — Censure-moi : histoire du classement X en France, Éditions L'Esprit Frappeur, 2000, 201 p. — l'historien du cinéma y retrace pour la première fois l'histoire complète de ce dispositif, avec les commentaires du comité de censure et la liste intégrale des films classés X (des titres qui sont un régal !).


Pour aller plus loin sur la datation et l'authentification des affiches, deux références incontournables :


Stanislas Choko

  • 100 ans d'affiches de cinéma, Les Éditions de l'Amateur, 1995, 394 p. — la bible du collectionneur, un peu datée, mais qui reste fiable.

  • Affiches de cinéma, Trésors de la Bibliothèque nationale de France, 1896-1960, Les Éditions de l'Amateur, 1995, 295 p.


René Chateau

  • Le Cinéma français sous l'Occupation : 1940-1944, Éditions René Chateau, 1996, 528 p.

  • Les plus belles affiches de la Mémoire du Cinéma Français, Éditions René Chateau, 2004, 280 p.

  • Les plus belles affiches du cinéma français des années 50, Éditions René Chateau, 1999, 450 p.

Dans le prochain article, on s'attaque aux différentes mentions d'imprimeurs !


Quelques sources


  • CNC — Les dates-clés du CNC — cnc.fr

  • CNC — Protéger sans censurer : la classification des œuvres cinématographiques — cnc.fr

  • Wikipedia — Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPP) — fr.wikipedia.org

  • Légifrance — Code du cinéma et de l'image animée, articles R211-1 à R211-51 — legifrance.gouv.fr

  • Ciné-club de Caen — La censure au cinéma en France — cineclubdecaen.com

  • Antonis Kechris — Étude historique sur la censure des films en France — marenostrum.pm

  • Jean-Luc Douin — Dictionnaire de la censure au cinéma, PUF, 1998

Albert Montagne — Histoire juridique des interdits cinématographiques (1909-2001), L'Harmattan, 2007

 
 
 

Commentaires


bottom of page