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CONFRONTATION : NOS FUTURS, et si le cinéma avait tout prévu ?

Ce jeudi 23 avril à 11h s'est tenue la conférence de presse qui annonçait le programme de la 61ème édition du Festival de cinéma Confrontation. Tu connais pas ? Je t'explique !


L'Institut Jean Vigo, une histoire de cinéphiles


Ça commence dans une salle de cinéma perpignanaise en 1962. Une bande de cinéphiles regarde un Buñuel, et de cette projection naissent Les Amis du Cinéma, un ciné-club, puis un festival, puis une cinémathèque. Soixante ans plus tard, l'Institut Jean Vigo est l'une des collections cinématographiques les plus importantes de France — 2 000 bobines films, plus de 80 000 affiches, des documents rares du cinéma, et une salle de projection qui tourne toute l'année.


Je connais cette maison un peu de l'intérieur — adhérente depuis plusieurs années, bénévole, et puis c'est à l'Université de Perpignan, sous la co-direction de Michel Cadé, responsable patrimoine à l'Institut Jean Vigo, que j'ai rédigé mon mémoire de Master sur René Ferracci. Confrontation est donc devenu pour moi un rendez-vous annuel incontournable !


 

61 ans de questions posées au monde


Ce qui rend ce festival vraiment singulier, c'est son principe fondateur — inchangé depuis 1965 : chaque édition explore un thème unique, et c'est ce thème qui dicte la sélection d'une cinquantaine de films de toutes époques, tous genres, toutes nationalités. C'est Marcel Oms, historien du cinéma, qui a eu cette idée un peu folle de faire du festival un outil de réflexion autant qu'un moment de plaisir.

Soixante ans de thèmes, c'est aussi soixante ans de questions posées au monde. Quelques jalons qui en disent long :

 

  • 1965 — Le cinéma français existe-t-il ? Un pari polémique pour une première.

  • 1969 — 14-18 vu par le cinéma — inédit à l'époque dans un festival.

  • 1972 — Réflexions sur la question juive au cinéma — courageux.

  • 1979 — Le cinéma des Surréalistes — une édition qui m'est chère, forcément...

  • 1985 — Le cinéma au seuil du futur — une première rencontre entre science-fiction et histoire qui résonne étrangement avec 2026.

  • 1991 — Europe 39-45 — le cinéma construit la mémoire du conflit.

  • 2009 — Made in USA, mythes et rêves américains

  • 2012 — La Ville au cinéma

  • 2024 — L'eau au cinéma — en écho direct à la crise climatique frappant les Pyrénées-Orientales.

  • 2025 — Cinéma Animal — avec Jean-Jacques Annaud, invité exceptionnel, pour lequel j'ai eu l'immense honneur de réaliser un film hommage (qu'il a adoré 😊)

  • 2026 — Nos Futurs — un jeu de mots pertinent qui résonne particulièrement en ces temps troubles.

 

Affiche alternative du multiverse Bonne Impression
Affiche alternative du multiverse Bonne Impression

"Nos Futurs" : un thème qui tombe à pic


À l'heure où l'intelligence artificielle occupe toutes les conversations, où les dystopies ne semblent plus vraiment de la fiction, la question posée par cette 61e édition est simple en apparence : comment le cinéma a-t-il imaginé le futur, depuis ses origines ? Pas le futur de demain — celui qu'on a rêvé, craint, fantasmé, à chaque époque.


De Metropolis (1927) à 2001 : L'Odyssée de l'espace, de La Jetée de Marker à Brazil de Terry Gilliam, le cinéma de science-fiction est peut-être l'art le plus honnête qui soit — non pas parce qu'il prédit l'avenir, mais parce qu'il révèle les angoisses et les espoirs du présent au moment où il les crée. Revoir ces films aujourd'hui, c'est mesurer à quel point nos peurs n'ont pas vraiment changé. Seuls les décors ont vieilli.


Ce thème arrive aussi dans un contexte cinématographique particulier. Dans quelques semaines s'ouvre la 79e édition du Festival de Cannes — du 12 au 23 mai — avec Park Chan-wook comme président du jury. Le réalisateur d'Old Boy, maître des récits qui brouillent les temporalités et les certitudes morales, présidera la Croisette quelques jours seulement après la fermeture de Confrontation. Deux festivals, deux échelles, deux ambiances radicalement différentes — mais finalement, la même question fondamentale : qu'est-ce que le cinéma nous dit du monde dans lequel on vit ?


Confrontation a l'avantage de poser cette question sans le tapis rouge, sans les flashes, sans les budgets marketing. Juste des films, des cinéphiles, des projecteurs 35mm et des gens qui ont envie d'en discuter jusqu'à pas d'heure…


En cinq jours, près de 50 films : fictions, documentaires, archives inédites de cinémathèques, raretés de toutes les époques, mais aussi des conférences et des animations inédites comme l'expérience VR dans les décors du Dune de Jodorowsky ! La soirée d'ouverture donne le ton : La Jetée de Chris Marker, puis à la nuit tombée, 2001 : L'Odyssée de l'espace dans l'église des Grands Carmes — un édifice gothique du XIIIe siècle à ciel ouvert, au cœur du centre historique. Comme cadre pour regarder l'espace, on a vu pire !


La Jetée, c'est trente minutes de photos fixes pour raconter un voyage dans le temps, la mémoire, l'obsession. Formellement révolutionnaire, et paradoxalement l'un des films les plus cinématographiques qui soit. Il inspirera directement L'Armée des 12 Singes de Terry Gilliam trente ans plus tard. Un film de 1962 qui engendre un blockbuster de science-fiction en 1995 — le futur imaginé qui se perpétue et se réinvente…


Pour moi, Confrontation c'est ça : un festival qui ne sépare jamais le cinéma de son temps, de son histoire, de son territoire. Et qui, cette année, nous invite à regarder nos futurs en face — au pluriel, c'est important.


👉 Programme complet et billetterie : www.inst-jeanvigo.eu


Sources : site internet de l'Institut Jean Vigo | Catalogues du festival Confrontation, Institut Jean Vigo

 
 
 

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